Au niveau du passage à niveau

Montage Passage à niveau Lingo-Molsheim 01-01-2015 moindre résolutionMontage photo-fiction réalisé par Échos-Citoyens, pour donner une idée approximative de ce à quoi pourrait ressembler le carrefour de la gare dans un avenir indéterminé

La séance du conseil municipal du 19 décembre dernier comptait 45 points à son ordre du jour.

Une séance roborative donc, mais néanmoins rondement menée par le premier magistrat de la commune, lequel il est vrai, possède en la matière une habileté de virtuose.

Le citoyen lambda, lui, reste un peu sur sa faim, surpris du peu d’écho que trouvent les présentations qui se succèdent à marche forcée au sein d’une assemblée délibérante (qui, en vérité, ne délibère pas). Certes, nous objectera-t-on, le travail est en grande partie fait en commission et, semble-t-il, les débats sont clos, les arbitrages ont été rendus.

L’unanimité règne donc sans partage.

Nous nous arrêterons ici sur les trois points suivant :

  • Point 12 : Suppression du passage à niveau n° 20 – convention de transfert de gestion et de superposition d’affectations du domaine public et d’entretien entre la commune de Molsheim et le Département du Bas-Rhin.
  • Point 13 : Suppression du passage à niveau n° 20 – avenant n°1 à la convention de financement relative aux études de projet et à la réalisation des travaux.
  • Point 14 : Suppression du passage à niveau n° 20 – convention de maîtrise d’ouvrage unique entre la ville de Molsheim et Réseau Ferré de France portant définition des conditions d’études et de réalisation de la mise en accessibilité du passage souterrain.

Comme on le constate aisément il s’agit là de délibérations assez techniques, destinées à faire avancer le dossier. « Nous n’en sommes encore qu’aux préliminaires et rien n’est joué, » nous dit Laurent Furst, qui garde cependant « bon espoir de voir disparaitre un passage à niveau réputé comme l’un des plus dangereux de notre pays, et au premier rang de ceux considérés comme tels en Alsace ».

Quant à ce qui est du projet lui-même nous ne saurions dévoiler en ces pages les documents présentés vendredi 19 décembre et que la municipalité rendra, sans doute, publics en temps voulu. On peut cependant se faire une idée de l’équipement en projet, puisque deux franchissements analogues à celui envisagé à Molsheim existent en Alsace.

L’application Google Maps, permet une navigation 3D in situ grâce au procédé « Street wiew ». Pour vous rendre virtuellement sur place, il suffit copier/coller les coordonnées suivantes dans le champ prévu à cet effet dans l’application :

Pour Lingolsheim :          48°33’43.90″N 7°41’27.72″E
Pour Rixheim :                 47°44’46.46″N 7°24’34.32″E

Puis, après avoir cliqué sur « Earth », faire un « glisser-déposer » pour amener le petit bonhomme orange sur l’endroit précis où vous voulez vous promener.

Exemple Navigation Google MapsPN Lingolsheim Maps Photo 1 pour site article PN    Comme on l’aperçoit ici, deux voies de circulation automobile sont prévues, en contrebas de deux espaces cyclables et piétons de part et d’autres, le tout passant sous la ligne de chemin de fer

 Mais nous n’en saurons pas davantage : pas de dossier technique, pas de plans, pas de coupe ni d’élévation, aucune mesure, aucun métrage, aucun chiffre, sinon un coût.

Sans doute est-il trop tôt ?

À l’évidence, ce projet est fermement souhaité par la municipalité et ses partenaires. De nos jours, (et ce n’est pas nouveau), le carrefour de la gare pose un véritable problème de sécurité au regard des flux de circulations automobiles, piétonnes, cyclistes et ferroviaires. Mais, si la dénivellation est présentée comme la solution miracle, son aboutissement n’est pas acquis, en raison même de son coût et de la complexité du montage financier impliquant plusieurs intervenants, outre la ville de Molsheim : RFF (Réseau Ferré de France) l’Etat, la Région, le Conseil Général.

À cela s’ajoutent les incertitudes liées aux restructurations en cours, tant au niveau de RFF que de la Région, appelée à un élargissement considérable de son emprise territoriale.

Dans ce contexte un certain nombre de questions fondamentales se posent :

1. En cas de non aboutissement du projet tel qu’il est à ce jour porté par la mairie, existe-t-il un « Plan B » pour rendre le carrefour de la gare plus sécurisé et agréable ? Ce sont les cyclistes et les piétons qui subissent le plus grand nombre de désagréments, et il y a une réelle urgence à améliorer leur situation, or rien ne semble prévu à court terme.

2. Quelle est la vérité des coûts ? Certes, Molsheim ne supporterait que 7% de la somme envisagée, mais cela représente tout de même 1,7 M d’euros d’investissement sur un total de 25 M. Ceci dans un contexte où, malgré une gestion saine et rigoureuse des finances municipales, la capacité d’investissement de la ville baissera inéluctablement pour les années à venir, en raison de divers facteurs.
Or, iI est fréquent que de tels projets dépassent considérablement le budget initialement prévu, – allant parfois du simple au double. Quelles seraient les répercussions prévues sur le budget communal en cas d’explosion des coûts ?

3. Quel sera l’impact sur la circulation automobile ? Sera-t-elle réduite, fluidifiée ou augmentée? Force est de constater que le contournement ne remplit pas ou mal son rôle de limitation du trafic routier, trop de transit s’effectuant encore par la ville. Il est à craindre que la dénivellation du passage à niveau ne constitue, à cet égard, une incitation supplémentaire. Quelles propositions pour maîtriser la pression automobile ?

4. Quelles améliorations peut-on en attendre pour les piétons et les cyclistes ? Les belles images de synthèse présentées au conseil municipal relèvent d’une agréable vision d’esthète, mais quelle largeur, en réalité, pour les trottoirs et pistes cyclables ? Et de quelle façon sera réalisée, pour ces derniers, la continuité vers le centre ville ? En sortie du passage à niveau, en direction de la porte des forgerons, comment prévoit-on de sécuriser une situation déjà intenable et dangereuse sur le pont de la Bruche et l’avenue de la gare ? Coté rue de la commanderie (où circulaient plus 18700 véhicules par jour selon l’étude réalisée par Transitec en avril 2010 pour compte de la mairie de Molsheim), la piste cyclable franchit la chaussée : dans quelle condition la celle-ci traversera-t-elle les feux ?

5. Parmi les points positifs, la liaison vélo nord/sud semble être améliorée par ce projet, mais comment sera réalisée la connexion vers les autres pistes cyclables ?

6. Enfin, quelles sont les incertitudes ou problèmes liés à la nappe phréatique ? On le sait, celle-ci est proche du niveau du sol, comment se prémunir des infiltrations ou inondations, et surtout quels surcoûts sont-ils susceptibles de représenter ?
Par surcroit, la construction d’un tel ouvrage aura inévitablement des répercussions sur le comportement de la nappe phréatique. Des études à cet égard ont-elles été prévues ? Mais surtout, est-il raisonnable de l’envisager sur l’emprise d’une zone inondable ?

Point n’est besoin, en effet, d’être centenaire pour avoir ceci en mémoire :

photo_mutzig_molsheim inondation 12-02-1990 pour site Le 12 février 1990, le passage à niveau de Molsheim était submergé, la circulation des trains était interrompue… Carte Zone innondées de la Bruche 12-02-1990 après-midi copie

 Difficile à ce compte d’imaginer un bassin de rétention sous le niveau de la Bruche, à moins d’envisager une station de relevage pour renvoyer les eaux… où ça au fait, dans une rivière en crue ?

Ce n’est pas d’hier que l’on sait construire des tunnels et les ouvrages d’art plus que séculaires ne manquent pas, le long de nos voies ferrées. Si nos anciens avaient choisi naguère de construire un passage au dessus des voies, à Molsheim, c’est peut-être qu’ils avaient une bonne raison pour cela.

Certes, on objectera que nos ingénieux ingénieurs, désormais rendus à l’ère du numérique et de la virtualité conquérante ont plus d’un tour dans leurs sacs. Espérons qu’ils seront plus fins limiers que ceux qui ont conçu le tunnel sous les Halles, à Strasbourg :

Tunnel sous les Halles Strasbourg pour siteMis en service en juin 1981, puis fermé à la circulation avant d’être définitivement interdit par arrêté préfectoral en date du 26 janvier 2005, en raison d’infiltrations, jamais maitrisées. À plusieurs reprises la presse a, depuis, parlé de sa réouverture partielle, mais rien ne vient. On envisage désormais de combler la trémie débouchant rue Sébastopol.

Belle gabegie d’argent public !

Nous avons à Molsheim, en la personne de Laurent Furst un gestionnaire avisé et prudent. Pour preuve le DICRM Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs édition 2011 de Molsheim, préfacé par un maire qui nous dit ces mots :

« Si les adages de : « Une personne avertie en vaut deux », « il vaut mieux prévenir que guérir » se vérifient dans la vie quotidienne, combien plus sont-ils valables pour la vie d’une Commune…

Et de citer le risque d’inondation parmi les 4 grands groupes de risques susceptibles d’affecter Molsheim.

Pour consulter ce document, cliquez sur le lien ci-dessous
http://www.molsheim.fr/dicrimv9.pdf

Une prudence qui à conduit le premier magistrat de la ville à faire construire sur pilotis, la Maison Multi Associative ; une prudence qui à l’évidence, a déjà porté ses fruits :

Maison Multi Associative sur piloti pour siteIl importe donc, aujourd’hui,
de se poser les bonnes questions

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